Un théâtre engagé d’une actualité brûlante, par Kheireddine Lardjam

Mille francs de récompense est un manifeste contre l’âpreté des banquiers, l’individualisme grandissant et le capitalisme financier qui commencent à entrer dans les mœurs, à devenir la norme économique dans les années 1820. On aurait tort de s’économiser le lien avec l’époque actuelle, car c’est bien dans cette période postrévolutionnaire que le cynisme contemporain prend sa source. Qui se souvient aujourd’hui que l’auteur du slogan soixante-huitard « Police partout, justice nulle part » est Hugo lui-même ? « Je parlerai des petits aux grands et des faibles aux puissants » a dit Victor Hugo, qui écrivit Mille francs de récompense pendant son exil à Guernesey entre 1855 et 1870. L’écrivain rompt ici avec le Romantisme pour dénoncer les injustices sociales. Il refusa de voir jouer cette pièce de son vivant, au motif suivant : « pas tant que la liberté ne serait pas de retour ».

Je souhaite faire résonner son message dans et avec le monde d’aujourd’hui. Saisissant de modernité, ce texte manie avec brio suspense, rebondissements et violente chronique sociale. Hugo dresse le portrait au vitriol d’une société de l’argent à l’époque de la Restauration et fait d’un miséreux un héros magnifique qui sortira une famille ruinée des griffes d’un homme d’affaires véreux. Les scènes se succèdent comme des plans cinématographiques.

Mille francs de récompense est une œuvre peu jouée et pourtant son propos s’avère étonnamment contemporain, tout comme la langue hugolienne, admirable. Hugo décrit une société très proche de celle d’aujourd’hui, une société à deux vitesses en panne d’ascenseur social. Les rocambolesques aventures de Glapieu sont déroulées avec une jubilation dont l’évidence nimbe tout le spectacle. Cette pièce est d’une actualité brûlante. Elle dénonce une société fondée sur les malversations de la finance. Théâtre engagé, la pièce est une sorte de manifeste tour à tour drôle et glaçant.

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